La langue des signes est une langue fascinante. Pourquoi ? D’abord parce qu’elle fait appel à l’expression par le corps, ce qui est plutôt inhabituel pour la majeure partie d’entre nous, sauf peut-être pour les jeunes enfants.
Nos échanges avec les autres sont corsetés par la croyance selon laquelle montrer ses émotions serait inconvenant. Pourtant nous sommes des êtres humains qui ressentons, qu’on le veuille ou non. Et ces émotions peuvent se rendre visibles à notre corps défendant, et nous tentons parfois, (souvent), de les faire taire, de les enfouir, pour surtout, SURTOUT, ne pas les montrer, ce qui nous placerait en situation de vulnérabilité.
Quand on pratique la langue des signes, c’est tout l’inverse. Et c’est une des raisons pour laquelle la langue des signes a été mise de côté durant près d’un siècle, mais j’en reparlerai dans un autre article.
La langue des signes possède une syntaxe, des règles précises qui permettent justement d’en faire une langue, et non un langage.
En langue des signes, l’expression du visage est un paramètre essentiel, qui donne la nuance du propos exprimé.
Les personnes sourdes disent que les personnes qui entendent sont « lisses ». Aucune expression sur le visage. Tout est caché. Et cela les fait bien rire : eux, ils font l’inverse.
Imaginez : dire non en agitant de droite et de gauche votre index, sans laisser la moindre intensité dans votre regard, sans froncer les sourcils ou pincer les lèvres ? Vous comprenez quoi ?
À l’inverse, un froncement de sourcil ou un rictus donnera une indication autre sur la force du non que vous exprimez, tout autant que la rigidité et la vitesse de l’agitation de votre index.

Parce qu’elle permet ce qui est socialement caché. Elle rend visible ce qu’il est préférable de cacher. Et elle attire le regard, parce qu’elle est en mouvement.
La langue des signes est tellement fascinante qu’on en oublierait ceux qui la parlent tous les jours, et qui, malgré cela, ne trouvent pas toujours des interlocuteurs au quotidien. Hormis les personnes de la communauté sourde signantes.
Souvent, les personnes qui sont devenues sourdes, (donc qui ont entendu), n’apprennent pas cette langue, car paradoxalement, elle rend visible la perte d’audition, le handicap.
Paradoxalement également, cette langue est tellement précieuse à la communauté sourde, qu’il arrive à ses membres de craindre d’en être dépossédé si les entendants se mettent non seulement à signer (c’est comme cela qu’on dit parler en langue des signes) voire pire, à la faire découvrir ou à l’enseigner à d’autres entendants.

La fascination est bien légitime. Gardons-nous cependant de réduire cette langue à une simple curiosité ou à un objet valorisant, affiché partout et par tous, sans vraiment nous former mieux à cette langue et à rencontrer ces locuteurs.
La langue des signes invisibilise paradoxalement les sourds signants. Ne l’oublions pas.
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